EXPÉDITION KHENCHELA 2025 : À LA DÉCOUVERTE DES RÉSEAUX SOUTERRAINS DE L’AURÈS


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Type de document
Auteur(s)
ADRAR Nabila
Nombre de pages
14 page(s)
Volume et numéro
1
Éditeur / Journal
Association de Spéléologie de Bejaia, CSSMB
Langue
Français
Année de publication
Zone Géographique
Est
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Résumé

Une mission de prospection et d’exploration spéléologique a été réalisée dans la wilaya de Khenchela, située au nord-est de l’Algérie, sur le versant nord-ouest du massif des Aurès, caractérisé par un environnement karstique marqué. Cette intervention a porté sur deux cavités distinctes, distantes d’environ 1 km et localisées à proximité du point de départ de l’expédition.

Contrairement aux approches classiques basées sur une prospection étendue, cette mission s’inscrit dans une démarche ciblée, faisant suite à un signalement local. Elle a été rendue possible grâce à la collaboration d’un habitant de la région, impliqué dans la valorisation du patrimoine naturel, qui a assuré l’orientation, l’accompagnement et le soutien logistique durant toute la mission.

Contexte géographique et géologique :

La zone d’étude se situe sur un plateau culminant à environ 1 200 m d’altitude, dominé par les reliefs des Aurès, notamment le mont Chelia (2 328 m). Le climat y est semi-aride, marqué par des variations saisonnières importantes. Le secteur constitue une zone de transition entre les reliefs montagneux et les plateaux environnants.

Sur le plan géologique, les cavités se développent dans des formations du Crétacé inférieur et du Cénomanien, composées principalement de calcaires, dolomies, marnes et grès, favorables à la karstification. La forte fracturation des calcaires cénomaniens joue un rôle déterminant dans l’organisation des réseaux souterrains. Le contexte hydrogéologique est caractérisé par la présence de nappes multiples, incluant une nappe phréatique superficielle largement exploitée et des nappes profondes captives au sein des formations crétacées.

Résultats des explorations :

Cavité n°1 :

La première cavité, située à environ 1 300 m d’altitude, présente une entrée étroite, partiellement colmatée par des dépôts argileux, nécessitant une désobstruction préalable. Le réseau se développe essentiellement de manière horizontale, selon une direction générale Nord-Ouest – Nord, à travers une succession de galeries relativement larges au sol argilo-boueux.

L’exploration a été interrompue au niveau d’un puits d’environ 10 m, débouchant sur un plan d’eau formant un siphon sans écoulement apparent. La morphologie du conduit laisse supposer une continuité noyée potentiellement accessible en plongée. La cavité présente également des spéléothèmes bien développés. Par ailleurs, la présence d’ossements humains et de vestiges anciens confère au site un intérêt archéologique notable, nécessitant des investigations ultérieures encadrées par les autorités compétentes.

Cavité n°2 :

La seconde cavité, située à environ 1 200 m d’altitude, correspond à une exsurgence temporaire active en période hivernale, selon les informations locales. Son entrée large permet un accès facile. Les premiers mètres sont marqués par la présence d’une importante colonie de chauves-souris et une accumulation significative de guano.

Après une progression d’environ 50 m, la galerie devient entièrement noyée par un siphon, empêchant toute progression en mode aérien. Une reconnaissance sommaire a permis de confirmer la continuité du conduit en régime noyé, orienté globalement vers l’Est.

Conclusion et perspectives :

Ces travaux ont permis d’identifier deux cavités présentant un fort potentiel spéléologique, en lien direct avec le fonctionnement hydrogéologique du massif des Aurès. Les deux réseaux se terminent par des siphons actifs ou semi-actifs, suggérant l’existence de prolongements souterrains encore inexplorés.

Au vu de ces résultats, une mission de plongée spéléologique est envisagée à l’horizon 2026, afin de poursuivre l’exploration des siphons et d’approfondir la compréhension du fonctionnement karstique et hydrogéologique du secteur.